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Les Sept jours- Rencontre avec Ronit Elkabetz, actrice et réalisatrice
1) D.S: Racontez votre parcours
R.A: Je suis israélienne d'origine marocaine. Mes parents ont immigré en 1963 du maroc. J'ai grandi à Beer-Sheva, au sud d'Israël. Quelques années après on est parti au nord. J'ai eu un parcours assez varié et j'ai vécu dans plusieurs villes. Aujourd'hui j'habite à Jaffa. J'ai commencé à vivre du cinéma il ya déjà 18 ans.
2) D.S: Le film Les sept jours est le deuxième d'une trilogie dont le fil conducteur est Viviane, une femme en quête d'émancipation. Pourquoi avoir choisi de faire une trilogie?
R.A: C'est une trilogie qui parle de la recherche de la valeur absolue de la famille. On a senti avec mon frère (Shlomi Elkabetz, ndlr), qu'un film n'aurait pas suffit à raconter tout ce qu'on a eu envie de dire. Prendre femme, le premier film, s'intéresse au statut de la femme dans le foyer. Dans Les Sept jours, on a cherché à raconter l'histoire de tous les points de vue de la famille et surtout à parler des rapports fraternels.
On se demandait comment un individu réagissait face à l'autre, face à un groupe, à ses valeurs...
Tout ce qu'un individu acquiert tout au long de sa vie (son caractère, ses traditions...) trouve sa source au sein de la famille (avec ses parents, l'environnement...).
Les 7 jours est l'histoire du deuil d'un des frères de Viviane. Toute la famille se réunit durant 7 jours pour faire le deuil. Forcément, ce huit-clos, si intime et intensif, remet en question toutes les valeurs de la famille, toutes les relations...
Ce sont de choses qui arrivent naturellement quand on est en contact physique pendant une semaine sans pouvoir sortir.
3) D.S: Pourquoi avoir choisi comme toile de fond la guerre du Golfe de 1991 et non un contexte plus récent?
R.A: Déjà, il fallait situer notre film à côté d'un événement politique comme une guerre car c'est notre quotidien, on n'a jamais vécu autre chose. On ne voulait pas non plus trop s'éloigner de la période de 1979 (où se situe l'action du premier film). On a, par ailleurs, des souvenirs très fort de cette période.
4) D.S: votre film est tourné en longs plans-séquences fixes d'une grande virtuosité. Pourquoi avoir fait ce choix de caméra qui observe et qui "n'agit pas"?
R.A: On voulait garder la manière la plus simple et la plus pure pour décrire la situation réelle de cette cérémonie. Faire d'autres choix de réalisation aurait sans doute enlevé la vérité. On voulait donner une certaine énergie aux acteurs comme aux spectateurs.
Cela n'a pas été facile à réaliser. On a beaucoup travaillé.
5) D.S: le cadre est souvent "étouffé" par une multitude de personnages. Techniquement parlant, comment s'est passé le tournage?
R.A: cela commence déjà à l'écriture. On a travaillé à fond chaque personnage sans oublier que chacun d'eux a une place cruciale. Ensuite, avec mon frère, on a fait des répétitions chez moi et on s'est mis à chercher la mise en scène qui correspondait le mieux.
Avant de contacter les acteurs, on voulait être sûr de maîtriser l'espace de vie du film.
On a commencé les répétitions petit à petit. D'abord avec deux acteurs puis avec 3, 4...
On a répété durant 6-8 mois. Au tournage, la préparation était tellement bien que ça a facilité le travail.
6) D.S: Est-ce que cette famille qui paraît "décomposée" est représentative de la société israélienne d'aujourd'hui?
R.A: Aujourd'hui et depuis toujours. Ce sont des immigrés de 2eme, 3eme génération...Cela représente tout à fait la société israélienne: d'un côté on a la chaleur, l'éclat, l'énergie, la volonté et d'un autre côté on a la violence, le fait de vouloir bien parler et d'exprimer les choses et à la fois les ignorer complètement. Encore une fois, le problème est relationnel.
7) D.S: Dans le film, on voit que la mère de famille est impuissante. Quel est votre rapport à ce personnage?
R.A: La mère c'est elle qui représente les 2 mondes: les anciens (ceux qui ont immigrés et qui s'adaptent à une nouvelle société) et la nouvelle génération.
Tout commence avec la mère (la transmission, l'amour...). Aujourd'hui, malheureusement, ses mères ont perdu leurs forces. En même temps on a beaucoup de respect pour elles mais on ignore leurs véritables désirs et ce qu'elles attendent de nous. C'est très ambigü.
On a essayé de retranscrire l'amour qu'on a pour la mère.
8) D.S: Votre personnage de Viviane représente l'antithèse de l'image qu'on se fait de la femme belle, séduisante, classe. D'ailleurs, vous incarnez beaucoup de femmes à la dérive, bouleversées... Pourquoi choisir ce type de femmes?
R.A: Ce qui m'intéresse c'est de parler des choses vraies, qui me touchent personnellement. Cela veut dire quoi "belle, séduisante"? La femme se trouve dans un statut, dans le monde entier, qui reste encore dans l'obscurité. Même si on voit bien le progrès des femmes, il y a beaucoup de choses à changer et à faire évoluer. Les femmes subissent encore une forme de pression par rapport à la société. Le statut de la femme est quelque chose qui me tient vraiement à coeur. Je veux parler de la manière la plus profonde et humaine et j'espère que ça pourra amener à une certaine réflexion chez les spectateurs.Je ne peux pas me dire "tout va bien" alors que tant de femmes se trouvent en détresse et sont toujours en quête de leur identité. Lorsque j'ai l'occasion de parler de la lutte des femmes, je le fait et je trouve qu'on ne montre pas assez ce point de vue.
9) D.S: Votre film a bien été reçu au festival de Cannes. Qu'attendez-vous du public français?
R.A: Qu'il aille voir le film, qu'il s'y retrouve. Je pense que ça va leur parler. Chacun va trouver ses repères dans le film. Il est très détaillé et très chargé.
10) D.S: Est-ce qu'un festival du cinéma israélien comme Shalom Europa peut être un moyen d'éveiller la conscience des gens sur la situation en Israël?
R.A: Je crois qu'à travers l'art on peut éveiller les gens et les choses quand on parle de notre coeur. Après cela reste une question d'individu et de la volonté de chacun.
Interview David Sabbah

